Le Pixel mort

Photos du Remi 6x
Mon Redmi 6X de 2018

Au début, cela aurait dû être un article sur le changement de batterie du Pixel 6. Il devait détailler les défis croissants rencontrés pour réparer ce genre d'équipement, puis finir par divaguer la façon dont les fabricants (de téléphone) font tout pour nous pourrir la vie. Les photos du désastre accompagnant l’article étant déjà prises, il ne manquait plus qu’une relecture.

La vie étant telle qu’elle est, par un malheureux hasard (non), mon téléphone m’a glissé des mains dès le pas de la porte… et paf, c’était la chute de trop. L’écran avait rendu l’âme.

Je vous aurais bien mis une photo de l’écran qui affiche de jolies stries vertes, sauf que le téléphone a dû être déchargé afin d’éviter de recevoir des notifications en boucle. Mais une fois vidé, sa vie aura été scellée, il ne s’allumera plus. Repose en paix mon presse-papier.

N'étant pas adepte des nouveautés (et au passage le changement d’opérateur de manière subite), me voilà dans la sauce. Grâce à mon abonnement E-SIM, l’idée même de changer de téléphone est conditionnée par le fait de posséder un téléphone de récup’ compatible.

Je vous laisse deviner ce que je n’ai pas.

Atteint de pauvreté relative due aux travaux dans mon logement, je n’ai évidemment pas de Pixel 10 en attente d’être utilisé, ni le cash-flow me permettant d'en acquérir un à la volée.

Me voilà à fouiller dans les placards, alias les méandres «des trucs que je garde au cas où et qui serviront peut-être un jour», afin de trouver mon sauveur... à minuit. Pendant que certains dorment, moi, je cherche un téléphone.

Après de vives recherches, je déterre mon fidèle Redmi 4x, une relique d'un temps passé. La batterie étant bien à sec, me voilà à la mettre à charger toute la nuit.

En parallèle, je redécouvre le fait de mettre un réveil sur ma petite montre Casio (je suis sincèrement désolé si j'ai blessé des quarantenaires).

Même si tout ça donne l’impression que je suis anxieux à l’idée de ne pas avoir un téléphone, cependant, relativisons un peu : il n'y a pas mort d'homme (seulement du pixel). Le téléphone (que j’ai bien éclaté) devait fêter ses cinq bougies en novembre prochain avec sa dernière année de support logiciel fournie par Google (celui-ci avait été gracieusement étendu de deux ans, donc cinq ans au lieu de trois ans).

Bon, le truc embêtant est que je devais contacter quelqu’un le lendemain. Heureusement, les mails existent pour prévenir.


Le jour suivant, au son aigu d'une montre, l’alarme retentit. Et étonnamment, sans mon téléphone à portée de main, je me lève bien plus vite. Exit les actualités, mails ou messages à lire aux réveils.

Le point positif de l’histoire est que j'ai pu me déplacer en boutique pour aller directement récupérer une carte SIM. Gratuite et fonctionnelle en moins de quinze minutes, les SMS/MMS/internet étaient de retour, mais avec un hic… (spoiler : il n'y en a pas qu'un)
Comme quoi, un abonnement des services classiques (hors low-cost b&you, sosh, red…) est toujours utile malgré un prix un peu plus élevé.

Comme dit précédemment, n'ayant pas prévu dans mon budget, je me retrouve avec l'option du désespoir. Un Redmi 4x de 2017.

Examinons ce petit engin.

Sous le capot (flambant vieux), un Snapdragon 435, un SoC d'entrée de gamme de Qualcomm, 3 Go de RAM, 32 Go de stockage, un écran 5 pouces 720p, un réseau4G LTE, un slot microSDXC (une douce mélancolie en y repensant), le tout livré sous Android 6.

Tenter d'installer quelque chose de récent avec cette antiquité se révèle du suicide ou du sadomasochiste. Cela tombe bien, j'aime les défis à relever.

Après avoir surexploité ce téléphone bien au-delà de sa durée de vie prévue, j'avais découvert que le téléphone possédait une communauté qui créait des customs rom (versions alternatives d'Android) avec des versions récentes. Pour ma part, tout s'était arrêté à Android 10 (que Xiaomi n'a même pas officiellement supporté).

Je découvre avec stupéfaction que le téléphone possède une rom LineageOS officielle qui tourne sous Android 16. Si ça, ce n'est pas magnifique !

Photo de la page paramêtre & version d'Android du Redmi 4X
Exceptionnelle n'est pas ?

Une courte digression s'impose afin d'expliquer un peu la bérézina dans le domaine des téléphones mobiles.

En 2017, Qualcomm régnait presque en maître sur le marché mobile, le Snapdragon 435, un CPU d'entrée de gamme, était une déclinaison abordable des gammes en 6xx, performant et relativement convaincant pour le marché. Et cela se passe juste avant que les prix augmentent de manière drastique.

En comparaison de 2026, la même gamme de Qualcomm est moribonde, chère et n'a rien à montrer face à la concurrence de Mediatek (et ses Helio) ou à Unisoc. Ces deux-là sont extrêmement persuasifs sur le rapport prix/performance… même si Unisoc ne brille pas par ses performances (une purge).

Une question se pose franchement.

Pourquoi ne va-t-on pas maraver les constructeurs qui proposent que deux ans de mises à jour logiciels ?
Mais comment, par miracle, un téléphone qui coûtait une centaine d'écus hors inflation peut-il faire tourner Android 16 ?

Un mot, une rom, LineageOs.

Le fier descendant de CyanogenMod

En dehors de la réponse digne d'un slogan de pub, LineageOS est un inconnu du bataillon pour le grand public, alors qu'à contrario, dans le milieu underground, c'est tout autre. Lineage est le fer de lance des versions alternatives, dites Custom Roms ou abrégé ROMs (à ne pas confondre avec ses homonymes humains).

Pour résumer, c’est une version alternative d'Android fondée sur AOSP (Android Open Source Project) développée par une communauté de développeurs. AOSP est une version dite "pure". Aucun service Google, ni de Play Store ou d'applications tierces. Elle n'est pas utilisable en l’état, elle ne contient que peu de pilotes en dehors de ceux fournis avec le noyau Linux… et, dans le monde du smartphone, ce sont principalement des drivers propriétaires fournis à côté par l'OEM.
Lineage est une ROM qui inclut les drivers et diverses améliorations pour rendre AOSP utilisable sur les téléphones. Cependant, elle doit être préparée pour chaque téléphone avec lequel les sources des pilotes sont disponibles. Ainsi, on se retrouve avec le «build» d'une rom pour son modèle de téléphone.

L'explication étant faite, il vous faut fondamentalement retenir une chose : les pilotes open source sont une chose rare.

Le mauvais de suivi d'Android provient principalement d'un manque de support des drivers.

Et d'une immense flemme des fabricants

Qualcomm (le fabricant de puce ARM) a des défauts, GENRE BEAUCOUP, mais il fournit en grande partie les pilotes de ces puces et la sacrosainte DOCUMENTATION. Étant présent dans le milieu Android depuis ses débuts, l'environnement/plateforme de développement est à maturation.

Que ce soit en version déjà compilée ou source ouverte, il est ainsi possible d'intégrer les drivers plus aisément que pour du Mediatek par exemple. Qui, eux, sont incapables de lâcher un tant soit peu de code pour que la communauté puisse éviter qu'un téléphone vive plus de deux ans. Mais, bon, vous comprenez, comment pourrait-il vendre leurs nouvelles puces qu'ils renouvellent chaque année (I see you Intel).

Dans le cas du Redmi 4X, un mainteneur (le nom donné au développeur qui fait les builds pour un modèle sur une rom) continue toujours de travailler dessus.
Et ça, c'est beau, non ?


Digression finie, on retourne sur le téléphone.

J'imagine la question que vous devez vous poser. Est-ce encore utilisable ?

Oui, mais il faut revoir ses critères à la baisse. Venant d'un Pixel 6 où tout est fluide, ici c'est fluide, mais lent.

Honnêtement, c'est suffisant pour le côté SMS, mail et navigation légère sur le web (si vous êtes patient, d'attendre quatre secondes par page).

Néanmoins, oublions les applications de messagerie lourde (Signal, WhatsApp, Discord…), les jeux ou tout ce qui demande de fortes ressources. On peut utiliser des applications comme Molly qui peuvent exécuter Signal plus facilement sur ce type de téléphone.
Je n'ai pas installé les applications de Google, même si c'est reste possible via les Gaaps, la solution n'est pas très viable à cause de la puissance relativement faible du téléphone en 2026.

Le téléphone reste lent et l’on conclut aisément qu'Android a évolué pour tourner sur du matériel plus performant.

Il comble en partie tout ce dont j'ai besoin. Du SMS, de l'appel, du mail et de la musique. Soit 90% de mes besoins quotidiens.

Toutefois, je ne profite plus d'Android Auto, des différentes messageries et d'un bon appareil photo. Et, surtout, l'application bancaire. Un génie a eu l'idée de rendre obligatoires les services de Google pour lancer l'application (Tu te réserves une place en enfer !).

Est-ce que je vais le garder longtemps ?

Je ne pense pas ; il y a des inconvénients un peu trop rudes à mon goût, tel que : le chargement du téléphone qui prend un peu plus de quatre heures. La charge de 0 à 80 % est longue, si vous le chargez le matin avant d'aller au boulot, oublier l'idée de partir avec une batterie complète.
Sans compter la batterie qui risque de rendre l'âme.
Il manque, entre autres, l'application bancaire, une application de messagerie pour discuter facilement avec les amis ou les applications tierces de carte restaurant, un GPS et j'en passe. Même si cela est contraignant, je finis par sortir l'ordinateur ou la tablette pour effectuer le reste.

Je vous passe la sensation de naviguer sur le web avec un long chargement, c'est magiquement infâme, on a un retour en arrière à l'époque où je tentais de charger une page web en 3G avec Free.

L'état actuel du Web ressemble de plus en plus à un purgatoire avec moult sites web remplis de publicité et de vidéos abrutissantes envahies par un contenu de qualité mineure.

Si vous n'avez pas d'adblock, vous développerez une phobie (trente secondes pour charger un site d'actualités sur les jeux vidéo), sans compter tous les sites qui lancent une vidéo d’eux-mêmes en plein écran (qui mérite une place VIP au tartare).

La seule chose que je peux faire, c'est consommer du flux RSS avec mon téléphone. Exit les pubs. Je veux juste le contenu que je souhaite.


Le téléphone étant relégué au second rang. Il n'y a plus de notification intempestive ou de distraction. Comme il n'a presque rien à faire dessus, son utilisation se résume à des actions bien précises et déterminées.

Fini les moments où je me sentais dans l'obligation de l'utiliser pour rester au courant ou à jour des événements avec les proches. Toujours le même credo : si c'est important, on appelle, sinon c'est un message.

On sort du phénomène de groupe et de l’information en continu : je me retrouve à lire mes messages sur ma tablette le soir, après la journée (comme avec WhatsApp).

J'ai ressorti mon reflex pour commencer à prendre des photos. Mon Pixel 6 était connu pour être un excellent flagship sur la partie photo, cela me convenait parfaitement. Cependant, n'étant plus un instapu…, je ne prenais pas forcément le temps d'en faire à ma façon, le but était de faire une photo et de vite l'envoyer pour la partager. Si ce n'est pas triste… (Et notez bien le sarcasme.)

Je retrouve donc le plaisir d'essayer de faire de "belles" photos, je n'ai pas forcément un bon niveau, mais au moins je m'occupe (les photos de cet article ont été prises avec le reflex).


Pour conclure, les téléphones ont apporté beaucoup en ce qui a trait à la connectivité, à l’accès à l'information ou encore à la facilité de contacts ses proches. Et quand vous perdez tout ceci d'un coup, on se retrouve bien seul.

Mais à vrai dire, je suis bien content, ce gros bol d'air frais était peut-être ce dont j'avais besoin. Plus de téléphone, plus de problème ?

Ps: la musique en voiture se résume à la radio. Je suis reconnaissant qu'elle existe toujours.